La cinémathèque de Corse

Ciné-Concert à Vico en partenariat avec Casa di Lume-la Cinémathèque de Corse et l'association La Corse et le Cinéma présidée par Jean-Pierre Mattei, le Lundi 30 Juillet 2018.


Lundi 30 juillet 2018 à Vico
  • à partir de 19h00: Animations, Concert des Etudiants de l'Académie Sorru in Musica.En 1999, Jean-Pierre Mattei recueillait quelques images rares et précieuses du Révérand Père Doazan.10 minutes d'images d'archives inédites, diffusées en forme d'hommage.
  • à 21h30: Ciné-concert "La Cavalcata ardente" de Carmine Gallone, (fiction, 1h16, N&B, muet, 1925)                          
  • Musique originale et direction d'orchestre Didier Benetti, Orchestre Paris Classik
 
Ciné-Concert du 30 juillet 2018 à Vico
LA CALVACATA ARDENTE - LA CHEVAUCHEE ARDENTE (1925)
 
Le Festival Sorru in Musica présente depuis de nombreuses années un film muet en ciné-concert en partenariat avec la Cinémathèque de Corse : Casa di Lume et l’association « La Corse et le Cinéma ». Les films choisis en accord avec le président Bertrand Cervera et Jean Pierre Mattei privilégient des liens avec la Corse et la Méditerranée, soit par leur thème, soit par leur casting.
Après Les trois masques, Carmen, L’île enchantée, Fièvres, Le manoir de la peur, Kean, Casanova, l’Arlésienne films importants de notre filmographie nationale, nous vous proposons un film italien de Carmine Gallone. 

Ce drame se déroule à l’époque héroïque de l’émancipation italienne. C’est la période des beaux élans pour la conquête de l’indépendance, des idylles romantiques, des sociétés secrètes. Carmine Gallone nous retrace de main de maître un épisode des plus émouvants de la marche de Garibaldi à travers le Royaume de Naples. Cette superproduction fait un triomphe en Italie et reçoit une haute récompense à l’Exposition cinématographique de Milan en 1925. Elle est à l’origine de l’engagement de son réalisateur par Berlin et de sa carrière internationale.         

 L’acteur français Gabriel de Gravone, de son véritable nom Antoine Paul André Faggianelli, né à Ajaccio le 21 novembre1887, y passe sa jeunesse. Sa vocation de comédien le conduit à Marseille puis à Paris où il s’impose par un physique de jeune premier et son origine insulaire. « De ce pays de soleil et de rochers rouges, j’ai gardé des enthousiasmes violents et des sentiments exaltés », explique-t-il dans une interview à Ciné-Magazine. Le cinéma naissant fait appel à lui et il participe à de nombreux films comme L’Arlésienne d’André Antoine, La Roue d’Abel Gance, Rouletabille chez les bohémiens qui le rendent célèbre. En 1925 après La Chevauchée ardenteParis, Cabourg, …le Caire et l’amour  met fin à sa carrière. Avec l’arrivée du parlant il renonce au cinéma.                                       
 Carmine Gallone, poète et dramaturge de 27 ans originaire de Ligurie épouse, lors de vacances à Sorrente, sur la baie de Naples, Stanislawa Winawera, aristocrate polonaise cultivée et ravissante de cinq ans son aînée. Passionnée de science, de théâtre et de chant lyrique, elle a fait une partie de ses études à Paris, fuyant la domination russe qui étreint la Pologne. Carmine veut l’aider dans la carrière théâtrale qu’elle ambitionne et que gêne son accent rugueux. Scénariste de talent dans le cinéma, il voit là une perspective pour cette belle femme aux boucles dorées et au port de tête majestueux. Elle substitue au modèle de la Diva, au jeu stéréotypé dans des bandes qu’interrompent de trop nombreux intertitres, un charme délicat que symbolise le prénom de Soava (« Douce ») qu’elle associe au nom de son époux. Commentatrice de Gabriele d’Annunzio (1863-1938), poète et romancier nationaliste en partie inspirateur de Mussolini, elle influence Carmine Gallone  dans le choix des thèmes, et il réalise avec une équipe fidèle des films qui font date dans l’évolution du cinéma, tels « Le baiser de Cyrano », en 1913, ou « Maman Poupée », en 1919.   

A partir de 1921, le cinéma italien connaît des problèmes de financement. La propagande officielle, imposée par la marche sur Rome de Mussolini en 1922, veut insérer l’idéologie fasciste dans les thèmes historiques qu’elle affectionne. En 1925, Carmine Gallone tourne son vingt-sixième film, « La Cavalcata ardente », un énorme succès qui conte la prise de Naples par les troupes garibaldiennes.                                                                                  

Giuseppe Garibaldi (1808-1885), le « héros des Deux-Mondes », a de quoi enthousiasmer des spectateurs peut-être enclins à le comparer à Benito Mussolini (1843-1945), héros contemporain. Garibaldi a parcouru la Méditerranée orientale et les rivages de l’Amérique du Sud, mais le fil conducteur de son action a été l’amour de sa patrie italienne, puzzle hétéroclite de gouvernements autoritaires. Ardent républicain il accepte pourtant d’en confier le destin à la monarchie sarde. Bien que né à Nice, il partage avec Carmine Gallo une origine ligure stimulante.                                                                                                          
En mai 1860 il prend pied en Sicile avec l’accord implicite de Cavour, premier ministre du Piémont-Sardaigne, et de Napoléon III artisan de l’élimination de l’Autriche-Hongrie. Appuyé par des soulèvements , il fait la conquête de l’île, écrasant les troupes de François II, débarque en Calabre, et le 7 septembre entre à Naples en libérateur, précédant Victor-Emmanuel qui sera proclamé roi d’Italie le 18 mars 1861. Si cette épopée a galvanisé l’intelligentzia romantique européenne et surtout française, de Victor Hugo à George Sand et à Alexandre Dumas entré dans Naples botte à botte avec son héros, comment ne pas imaginer le succès fabuleux qui attend un film sur ce thème ?                                                            
Coproduction germano-italienne, la production réunit une équipe souple. Autour de Soava Gallone, fort séduisante, qui incarne Grazia Montechiaro, gravitent Emilio Ghione, le prince de Santa Fe, son vieux soupirant, Jeanne Brindeau, sa mère, et surtout Gabriel de Gravone le jeune premier corse, Giovanni Artuni, patriote et révolutionnaire. Nous avons admiré dans « L’Arlésienne » d’André Antoine, tourné en 1922, sa gestuelle ardente et exaltée qu’il explique par son origine insulaire. Décors, photographie et costumes du couturier Paul Poiret portent la marque d’un art en mouvement impulsant un nouveau cinéma.             
L’année suivante, « Les derniers jours de Pompei » amorcent pour Carmine Gallone une extraordinaire et très longue carrière internationale. Grand mélomane il signe de nombreux films dont le scénario s’inspire de l’argument d’opéras célèbres, souvent avec le concours de chanteurs italiens renommés. Carmen 63 tourné en 1962 sera son chant du cygne.

Suzanne Cervera et Jean Pierre Mattei
 

Remerciements :
  • La Cinémathèque suisse et la Cinémathèque de Bologne qui ont sauvé, restauré, et mis à notre disposition ce film important de la filmographie italienne du cinéma muet.
  • L’équipe de la Cinémathèque de Corse.
  • Viviane Gottardi et Carmela Bertocchi pour la traduction des sous-titres italiens