La cinémathèque de Corse

Projection hors les murs du Festival Cinéma du Réel, Compétition internationale. Jeudi 12 Avril 2018 à 20h30 à la Cinémathèque de Corse.


Projection hors les murs du Festival Cinéma du Réel, Compétition internationale. Jeudi 12 Avril 2018 à 20h30 à la Cinémathèque de Corse.
Pour la 40ème édition du festival incontournable de films documentaires, revenons sur les origines de celui-ci.
C’est en s’interrogeant et en se querellant sur l’expression « Cinéma du Réel » à la fin des années 1970 que les fondateurs du festival éponyme définirent l’objet et les orientations artistiques de la manifestation.
Le terme « Cinéma du Réel » apparaît sous la plume de Philippe Pilard (réalisateur et critique de cinéma) en février 1975, en tête d’un article publié à l’occasion des projections de films documentaires de la Maison des arts et de la culture de Créteil. Par « Cinéma du Réel », il suggère d’abord une distinction entre ce cinéma dit « documentaire » d’une part, et une production majoritaire qui relève du divertissement ou de l’information standardisée.
« Entre un cinéma de divertissement qui semble ne jamais devoir se lasser de schémas dramatiques stéréotypés (films policiers, d’aventures, d’espionnage, ”love stories” en tout genre, etc.) et un cinéma d’information que la vie quotidienne frappe de paralysie ou d’aveuglement, où trouver les images du monde réel ? […] Même si le public n’y a pas accès, ces images existent, et depuis
longtemps. […]
Depuis les images filmées dans la rue par Mesguich et ses collègues pour les frères Lumière, en passant par le « ciné-oeil » du soviétique Dziga Vertov, les pièces de symphonie visuelle de Robert Flaherty, le lyrisme réaliste d’Eisenstein et de Poudovkine, l’école documentaire britannique animée par John Grierson avec Basil Wright, Humphrey Jennings et Paul Rotha, école qui donna naissance à l’Office National du Canada, le mouvement ”poétique-populiste” français né du Front Populaire, le néo-réalisme italien de l’après-guerre, le ”Free cinema” anglais des années 55-60, le ”cinéma vérité” français des années soixante, la ”candid camera” des Américains, les expériences de cinéma et de circuits parallèles des années 70, sans parler des efforts des auteurs-réalisateurs de télévision acharnés à offrir aux téléspectateurs autre chose que des ”jeux” et de la ”variété” ou encore du théâtre ”mis en boîte” […] Au travers de reportages, d’essais, de fictions d’un ton nouveau, d’une forme nouvelle, le cinéma du monde réel tente une percée sur les écrans.
Des cinéastes inconnus, des acteurs inconnus, des sujets inconnus, des images inconnues rencontrent ces autres inconnus: des spectateurs adultes. […] À quoi sert le cinéma ? Peut-être tout simplement, à nous rendre nos yeux, notre regard : à nous rendre clair-voyants… »


Philippe Pilard

Antigona

Réalisé par Pedro Gonzales Rubio
France • Documentaire • 2018 • 1h14
Filmant pour la première fois à Mexico, sa ville natale, Pedro González-Rubio suit l’aventure théâtrale d’un groupe d’étudiants qui monte Antigone de Sophocle. « À vous de trouver votre propre rituel avant de monter sur scène, pour que je ne vous voie pas comme dans la vie quotidienne ! » Cette consigne du metteur en scène, le cinéaste se la réapproprie pour son documentaire. Comment filmer le travail théâtral tout en restituant ce qui le transcende
– l’intense investissement émotionnel des acteurs ?
En pleine période de manifestations pour dénoncer les meurtres en masse d’étudiants qui ont fait éclater au grand jour la corruption de l’État, le parallèle entre jeunesses antique et actuelle est à la fois puissant et finement amené.
Le film alterne scènes de répétition ou de lecture de la pièce et moments dans la sphère familiale ou 
amoureuse :
l’évocation pudique par Brian de son père émigré aux États-Unis, la conversation de Fernanda avec 
son père, qui lui conseille de quitter le pays, ou lorsqu’elle répète, sur son lit, une réplique-clé qui condense ses angoisses adolescentes : « Qui est-ce que j’implore pour aider mon désir ? »
Cette question, dans le Mexique contemporain, résume la quête de la génération dont le film brosse un portrait affectueux.
« Je me demande si on est dans un endroit où on peut être jeunes, ou si on doit créer un autre espace
», demande une étudiante. Redoublée par le cadre du cinéma, la scène de théâtre s’offre en matrice de cet espace de liberté à construire.
Charlotte Garson